JEAN DAVID

MA THÉORIE GÉNÉRALE DE LA RÉALITÉ

NOUVEAU  


Identité égale culture et culture égale esprit; une équation toute simple!


À défaut de connaître nos origines et celles de l’univers et, ainsi, posséder une certitude sur notre identité collective, nous nous définissons exclusivement par rapport à notre environnement culturel. C’est l’essentiel de ce qui nous distingue et nous aide à établir notre identité. La race, le lieu et l’année de notre naissance, le siècle dans lequel nous vivons, tous ces facteurs collaborent à définir qui nous sommes. Notre identité se définit donc au travers de la culture. Au-delà de ces paramètres de base, notre environnement culturel joue un rôle encore plus grand dans cet exercice d’édification de notre personnalité et de notre identité. L’œuvre du psychologue et psychanalyste suisse Carl Gustav Jung nous aide notamment à comprendre que notre environnement est essentiellement composé de signes, de symboles et de références qui sont en lien direct avec les fondements de nos origines. Il a, entre autres, démontré très brillamment l’évolution à travers les âges de ces signes qui varient d’une époque à l’autre, mais dont le sens profond demeure toujours le même.


Ici, les points de vue de l’anthropologue américain Edward T. Hall et du guru canadien des communications Marshall McLuhan se rejoignent. Chacun, à sa façon, nous explique que l’environnement de l’homme s’est modifié à un point tel qu’il prend des proportions étonnantes et insoupçonnées. Pour McLuhan, les technologies sont devenues essentiellement les extensions sensorielles de l’homme; elles ont créé le village global et nous font vivre quotidiennement dans un univers sous le signe de l’instantanéité et de la simultanéité que l’auteur nomme espace acoustique. Pour illustrer sa pensée, McLuhan déclare avec beaucoup de délicatesse que « nos cerveaux se retrouvent tous à l’extérieur de nos crânes ». Moi, de rajouter : nos systèmes nerveux se balancent aux quatre vents.


Quant à Edward T. Hall, il a une approche tout aussi percutante. Il perçoit l’homme « …comme un organisme qui a créé ses prolongements et les a portés à un tel niveau de spécialisation qu’ils ont pris la succession de la nature et se substituent à elle. En d’autres termes, l’homme est le créateur d’une dimension nouvelle, la dimension culturelle ». Plus important encore, il affirme que « …le rapport qui lie l’homme à la dimension culturelle se caractérise par un façonnement réciproque ». Hall va encore plus loin dans ses réflexions sur la culture et constate avec beaucoup de justesse que toute culture, expression et projection de l’homme sont des représentations et des manifestations de l’esprit, notre esprit (quelque chose de difficile à comprendre, quelque chose de très intelligent, empreint de divin et surtout imprévisible). Voilà donc : identité égale culture et culture égale esprit; une équation toute simple!


Ce qui est très intéressant ici, c’est notamment que nos amis Hall et McLuhan ont fait ces constatations il y a maintenant près de cinquante ans! Que s’est-il passé depuis? Comment ces constats ont-ils évolué? Dans quel état nous retrouvons-nous aujourd’hui? Voilà que, littéralement propulsé par le développement des technologies en pleine économie du savoir, cet environnement culturel, notre environnement, s’est transformé d’une façon extraordinaire, foudroyante et sans commune mesure dans l’histoire de l’humanité. Le volume d’informations disponibles dans le village global, en plus d’atteindre un niveau inégalé, renferme essentiellement l’expression de l’esprit humain dans son entier, incluant toute son histoire. Ce n’est rien de moins que notre mémoire collective qui se déploie à une dimension planétaire sous nos yeux.


Nous nous retrouvons à vivre dans ce que j’appelle un environnement de mémoire totale (Total Memory Environment). Chaque matin, nous nous réveillons au cœur du gigantesque téléroman de l’humanité, le Big Bang Show où l’histoire de nos origines, notre patrimoine génétique, fait partie de notre environnement de tous les jours, de notre quotidien. Tout est là, omniprésent. Cet environnement nous englobe intégralement sous des formes et des signes on ne peut plus simples et sous des aspects des plus rudimentaires, lesquels nous ne réussissons même pas à identifier; de plus, nous sommes absolument et malheureusement incapables de les reconnaître comme tels.


Ce qui est spectaculaire, c’est que cet environnement de notre mémoire totale ne fait aucun sens dans notre vie; il ne veut rien dire de plus que la simple, soporifique et pratique signification que notre éducation lui a octroyée. Nous sommes absolument incapables de faire quelques liens que ce soient avec notre identité. Nous n’avons simplement pas été éduqués et formés pour faire face à une telle situation, comme si la société tout entière avait toujours tenté de se convaincre qu’une telle chose était parfaitement impossible.


Depuis des siècles, nous avons préféré nous enraciner dans des façons de voir. Souvenons-nous de la terre qui est longtemps restée plate dans la tête de beaucoup de gens bien pensants. De plus, force est de constater, qu’au cours des cinquante dernières années, avec tous les immenses progrès de la science, nous n’avons jamais pris l’habitude, collectivement, d’établir des liens en dehors des références transmises et inculquées pour et par notre société de consommation. Admettons que nous ne nous sommes pas beaucoup entraînés à penser autrement, il semble que nous étions tous occupés à faire autre chose; consommer?

Nous nous retrouvons tous, collectivement, dans une bien étrange situation. L’impact dans notre vie de notre présence dans cet environnement de mémoire totale prend une ampleur et une forme pour le moins surprenantes en ce qui concerne notre identité individuelle et collective. Oui, nous sommes toujours les mêmes, notre lieu et notre date de naissance n’ont pas changé, mais comme groupes, comme peuples et comme genre humain, nos références culturelles et nos points de repère transmis par notre éducation n’existent pour ainsi dire plus; ils ne font plus le poids avec la masse de données qui nous entoure. Ils ont disparu et ont été remplacés par d’autres qui se sont déjà volatilisés. otre identité est en perpétuelle mutation, elle est au centre d’un bouillonnement virtuel de mémoire aux allures d’une gigantesque éruption volcanique de nos origines. Autant les technologies sont les prolongements, les extensions des sens de l’homme (hardware), autant notre code génétique est maintenant devenu le facteur culturel par excellence, la donnée de base (software), la grande star! L’ADN se retrouve sur toutes les chaînes télé en même temps, à tenir tous les rôles dans tous les films à l’affiche, à occuper toutes les positions au palmarès et à accaparer le contenu de tous les magazines du monde; bienvenue au Big Bang Show!


Nous vivons dans une société de consommation orientée vers le profit et la performance à tout prix. D’une société des années cinquante, bien simple, mécanique, sans histoires et conservatrice, nous voilà aujourd’hui au paradis du paradoxe, de la légèreté, de la simulation, du gigantisme et de la contradiction. Nous sommes sous la tutelle du star-système, cette grande adoration des autres où les notions de sens et d’authenticité n’ont pas leur place parce qu’elles n’ont pas de prix. Nous vivons dans une société qui, au lieu d’être confrontée à ses mystères, ne cherche qu’à les esquiver. Notre planète tout entière se trouve à être l’otage d’elle-même. Bien malheureusement, l’éducation que nous avons reçue dès notre enfance est, en fait, ce qui nous retient captifs. La société se retrouve prise au piège, et ses citoyens, assis aux premières loges, en sont à la fois les geôliers et les prisonniers; difficile de faire mieux comme expérience interactive!


L’univers dans lequel nous vivons est comparable à un immense iceberg; notre incapacité à faire des liens, à reconnaître, à comprendre et à intégrer les signes culturels de notre identité collective dans notre environnement provoque chez tous les individus une « surchauffe mentale » et engendre ce que j’appelle une véritable dérive psychique collective. Dites-vous que la dérive des continents, c’était une récréation si on la compare à l’impact du phénomène actuel. Je me permets de donner ici quelques exemples modernes, mais non limitatifs de cet état de dérive psychique : la faim dans le monde, les guerres, la célébration des autres, la dépendance face aux autres, le stress, nos systèmes d’éducation, la société de consommation, les partis politiques, la présence de technocrates dans nos organisations, les groupes de pression, les bulletins de nouvelles, la redondance, l’omniprésence de la culture américaine, la publicité, etc.


Vous connaissez le dicton « l’histoire se répète »? C’est comme si c’était vrai, l’histoire se répète, elle tourne piteusement en rond depuis trop longtemps maintenant et elle est littéralement épuisée; elle n’en peut plus et elle est sur le point de s’effondrer. Notre histoire collective nous est projetée en pleine figure à bout portant tous les jours, et nous sommes là, béats, ne comprenant absolument rien. En réalité, notre incapacité à comprendre fait en sorte que notre cerveau se retrouve dans une très malheureuse situation de surcharge de mémoire, littéralement prisonnier d’un véritable embâcle de nos origines, provoquant un énorme refoulement d’égout dans notre inconscient collectif. C’est cette « insupportable » condition qui engendre cette dérive psychique. En d’autres mots, c’est toute l’évolution de l’humanité qui est en crise profonde; quel début de siècle!


Cette dérive psychique collective n’est pas apparue soudainement dans la deuxième moitié du XXe siècle. Elle n’est manifestement pas un phénomène nouveau; au contraire, cela ressemble à une situation qui perdure depuis la nuit des temps. Le développement technologique des dernières années a eu l’effet d’un énorme coup d’accélérateur et l’a rendue plus évidente, presque palpable. La nouveauté, c’est sa proximité, sa limpidité, son omniprésence et le fait que l’on puisse l’observer, la décrire et en discuter. Cette « soudaine apparition » est surtout le signal d’alarme, l’urgence manifeste d’intervenir avant que le ciel ne nous tombe sur la tête…


Nous nous retrouvons aujourd’hui confrontés à une situation très délicate. Comment pouvons-nous passer de cet état d’incompréhension complète de notre environnement à une ébauche de début de décryptage? Comment arriver à voir et à intégrer dans notre identité de tous les jours ces éléments de notre histoire collective auxquels nous sommes quotidiennement confrontés, exposés, pour ne pas dire bombardés? En quoi la compréhension de ces signes peut venir influencer notre vie quotidienne? Quel sera l’impact sur le XXIe siècle de la saisie de données de 15 milliards d’années d’évolution? Je me pose ces questions parce que je me dis qu’il nous faut pour le moins tenter de trouver une solution, tenter d’intervenir, de changer notre façon de voir les choses, d’agir, d’innover. Quelque part dans notre esprit, il y a quelque chose qui s’impatiente et qui commence à trouver le temps long…


Cette crise au cœur de l’évolution de l’humanité, ou, plutôt, notre compréhension de cette crise, nous invite à reconnaître que nous sommes arrivés à la fin d’un grand exercice qu’il faut conclure. Nous arrivons à la rencontre de la fin du monde, la fin d’un monde, d’une façon de voir la vie, les gens et nous-mêmes. Le seul récit de l’histoire de l’humanité que nous connaissons est un mélange hétéroclite de théories scientifiques basées sur un jeu de « devinettes aux squelettes » à forte odeur de carbone, juxtaposé à un très gentil conte biblique à la sauce Adam et Ève qui ne fait que compliquer les choses; franchement, ce n’est pas très sérieux! Entre nous, « cela ne fait pas des enfants forts ». Soit, cela nous a menés jusqu’ici, mais ici, c’est un cul-de-sac.


Il est impératif de vraiment changer notre façon de voir les choses et de se donner les moyens d’arriver à interpréter les informations présentes dans notre environnement. Il est temps de passer à autre chose et que l’évolution « évolue »! En prenant encore un peu plus de recul vis-à-vis de cette situation, j’en comprends que nous sommes au cœur d’une énorme expérience qui semble avoir totalement dérapé et qui réclame notre aide à grands cris! Heureusement, cette expérience renferme en elle tous les aspects du problème et, simultanément, tous les éléments nécessaires à la mise en place de sa solution parce qu’à mon avis, il existe une solution.


Nous pouvons tous encore nous conforter et nous imaginer qu’au cours des prochaines décennies, dans le futur, des changements importants ainsi que des découvertes majeures viendront modifier substantiellement l’organisation de nos sociétés. J’ai plutôt la très nette impression que nous ne pouvons plus remettre à plus tard, il est trop tard! Voilà qu’il nous faut accepter de prendre nos responsabilités aujourd’hui, ici et maintenant. Nous sommes invités à faire plus qu’une prise de conscience; nous devons plutôt nous réapproprier individuellement et collectivement cette conscience, la prendre en main et la conserver scrupuleusement.


Cet environnement de mémoire totale dans lequel nous nous retrouvons nous invite à mieux comprendre le sens réel de notre cheminement personnel, de la vie, des gens, des événements, de notre travail, de notre famille, de nos relations, de nos décisions et surtout de nos choix. Avant de passer à autre chose, il nous faut résoudre ce problème et conclure cet exercice. Il semble que nous ayons des devoirs à terminer… Nous ne pouvons innocemment nous faufiler devant le temps et l’histoire de cette façon ni tenter de jouer à l’autruche ou encore de nous faire passer pour des imbéciles. Avis aux intéressés, cela ne fonctionne plus!


Retrouver la mémoire de nos origines, ce que les philosophes grecs, il y a 2500 ans, considéraient comme une responsabilité individuelle à laquelle il nous fallait aspirer, est devenu, aujourd’hui, un phénomène collectif auquel nous sommes contraints de participer. De notre vivant, nous n’avons plus le choix.


Cette histoire vous dit quelque chose?


JEAN DAVID

514.824.8145

Carl Gustav Jung

Edward T. Hall

Marshall McLuhan

Albert Einstein

…notre mémoire collective qui se déploie à une dimension planétaire sous nos yeux.